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| Dernière mise à jour : 16 janvier 2003 |
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Réalisé par courriel entre Tôkyô et Paris de septembre 1997 à janvier 1999 Propos recueillis par François Boudet, pour le site Cyborg Page 2 : Le Rayon vert Page 3 : 36 15 Alexia / Ressentiment ? / Limites à l'autobiographie ? Page 4 : Love Hotel Page 5 : La manga / Sexe et censure Page 6 : Cinéma japonais / Dessins animés japonais Page 7 : Utilisation de la photo dans la BD / Fin de (À Suivre) Page 8 : Tôkyô est mon jardin Page 9 : Tôkyô est mon jardin / Lectorat / Demi-Tour Page 10 : BD au Japon Page 11 : Questions des Internautes
Autour de cette utilisation de la photo dans la BD réaliste et semi-réaliste, je distingue grosso modo trois écoles : il y a, dos à dos, les purs et durs, d'un côté ceux qui mettent un point d'honneur à ne pas utiliser de documentation photographique - ils sont nombreux, et de l'autre ceux qui travaillent ouvertement d'après photo ou vidéo et sans rougir - on les compte sur les doigts de la main. Entre eux oscillent les indécis, ou les cachotiers, ceux qui utilisent de temps en temps la photographie et s'en défendent ou ne le crient pas sur tous les toits - ils sont la majorité. Les premiers et les troisièmes sont les adeptes du « coup de crayon ». Pour eux, une fois pour toute, l'enjeu d'une BD est dans son « habileté » graphique, l'auteur devant prouver son aptitude à dessiner tout et n'importe quoi, de préférence à main levée et de mémoire, et surtout sans documentation. Avec quelques curieuses nuances : le diktat s'applique surtout aux personnages, on regarde avec moins de mépris des décors et des accessoires campés d'après photos... C'est, en partie, en espérant retarder cette sclérose que j'ai très rapidement cherché à m'écarter de la tradition du « coup de patte » de la BD franco-belge. En intégrant la photographie à mon graphisme, je veux m'obliger, à chaque nouvelle image, à repartir à zéro, à trouver des solutions graphiques nouvelles, afin que mon dessin se construise sur les particularités mêmes de mes modèles, visage, corps ou décors, sur leur réalité, leur consistance, et non sur ce que je crois savoir d'eux. C'est une situation extrêmement inconfortable, et mes séjours à la table lumineuse, dans la chambre claire ou devant mon ordinateur ont toutes les apparences d'un match de boxe. Le dessin achevé, quand le tracé est venu malgré moi, m'a dépassé, quand la consistance du modèle transparaît au delà du graphisme et de ses inévitables ruses, c'est un sentiment que je n'échangerais pour rien au monde : une sorte de soulagement, de surprise, l'émerveillement du petit boxeur qui a vaincu le gros. C : Concernant Dave Mc Kean, je te recommande surtout ses albums ou séries : Cages, Signal to noise ou Mr. Punch, qui me semblent les plus intéressants (bien que je n'en ai pas beaucoup parlé sur Cyborg...). C'est sur ces albums-ci que son utilisation de la photo est la plus évidente, au risque éventuel d'être comparés à des romans-photos ; le mépris en moins : la critique étant unanimement convaincue du talent de Mc Kean, je crois...! FB : Je vais essayer de trouver ça, et m'en réjouis d'avance. J'oubliais effectivement dans ma réponse d'évoquer les romans-photos, qu'il ne faut surtout pas réduire aux seuls « romans-photos-à-l'eau-de-rose-pour-ménagères-italiennes ». Le photoroman n'est en aucun cas méprisable, il offre tout au contraire un champ exploratoire passionnant, et qui présente en outre l'avantage d'être peu exploité. Ce n'est pas Benoît Peeters qui me contredira, lui qui a réalisé avec la photographe Marie-Francoise Plissart plusieurs ouvrages remarquables, dont Droit de regards aux éditions de Minuit et Aujourd'hui chez Arboris... C : Est ce que tu te sens plus une filiation avec Cosey, par exemple ? (voir son dernier album : Celui qui mène les fleuves à la mer...) FB : J'aime beaucoup certains récits de Cosey... Mais pour trouver mes véritables influences, il faut peut-être quitter le seul domaine de la bande dessinée. Parmi les artistes qui, à un moment ou à un autre, m'ont le plus impressionné, je pourrais citer Paul Cuvelier, Francis Masse, Gene Colan ou Yoshiharu Tsuge, mais aussi François Truffaut, Ettore Scola, Yasujiro Ozu, Isao Takahata ou Marcello Mastroianni... Tôkyô, le 25 novembre 1997 C : Que penses-tu de la fin de (À Suivre) par rapport à la BD d'auteur ? Est-ce que celle-ci (dont tu fais partie) trouvera encore longtemps sa place en France d'après toi, mis à part dans de petites structures (Baudoin, qui est un des plus grands à mon avis, est édité marginalement finalement...) ? Peut-être s'oriente-t-on effectivement vers une BD d'auteur « underground », comme pour les bandes dessinées américaines ? FB : Symboliquement, la disparition de (À Suivre) est un véritable coup dur : les dix premières années de cette revue ont été remarquables et décisives pour la BD européenne, au point que (À Suivre) n'a jamais eu d'égal... Tôkyô, le 7 décembre 1997 |
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